Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/176

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la détresse. Ouvrez-moi donc promptement votre porte, ou, par la sainte hostie ! je l’enfoncerai avec ma lance.

— Ami voyageur, répliqua l’ermite, ne m’importune pas davantage ; si tu m’obliges à faire usage de mes armes charnelles pour ma défense, il t’en adviendra malheur. »

Dans ce moment le chevalier entendit redoubler des aboiements que d’abord il avait jugé venir d’une certaine distance, ce qui lui fit présumer que l’ermite, alarmé de la menace qu’il venait de lui faire, avait été chercher, pour se défendre, des chiens enfermés dans une autre partie de son logis. Irrité de ces préparatifs que faisait l’ermite pour appuyer son refus d’hospitalité, il frappa du pied contre la porte avec une telle violence que les poteaux qui la soutenaient en furent ébranlés. « Patience ! patience ! bon voyageur, » s’écria l’anachorète qui n’avait nulle envie d’exposer sa porte à un nouveau choc ; « ménage tes forces, et je vais t’ouvrir ; quoique peut-être tu ne doives pas avoir à t’en féliciter. »

La porte s’entr’ouvrit en effet, et l’ermite, homme grand et fortement constitué, couvert de son froc et de son capuchon, avec une corde de jonc pour ceinture, parut devant le chevalier. Il tenait d’une main une torche allumée, et de l’autre un bâton de pommier sauvage, si gros et si pesant qu’il aurait pu passer pour une massue. Deux chiens énormes à longs poils, moitié lévriers, moitié mâtins, étaient à ses côtés, et semblaient prêts à s’élancer sur le voyageur au premier signal de leur maître. Mais quand sa torche eut projeté sa lumière sur l’armure étincelante de l’étranger, l’ermite changea d’intention : réprimant la fureur de ses auxiliaires, et prenant un ton de brusque politesse, il invita le chevalier à entrer dans sa cellule, et s’excusa sur l’hésitation qu’il avait mise à le recevoir, s’étant fait, disait-il, une règle de ne jamais ouvrir sa porte après le soleil couché, à cause des bandes de voleurs et d’outlaws qui infestaient les environs, et qui ne respectaient ni la sainte Vierge, ni saint Dunstan, ni ceux qui se dévouaient à leur culte.

« La pauvreté de votre cellule, bon père, » dit le chevalier en regardant autour de lui et en ne voyant qu’un lit de feuillage, un crucifix en chêne grossièrement taillé, un missel, une table faite de planches brutes et mal jointes, deux escabelles et quelques mauvais ustensiles de ménage ; « la pauvreté de votre cellule me semble une garantie suffisante contre les visites des voleurs, sans parler du secours de ces deux chiens, assez forts, je pense, pour déchirer un