Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/170

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— Du moins ce n’est pas le moment d’y songer. La crise qui s’approche impose au prince Jean la nécessité de se concilier la faveur populaire ; et il ne pourrait refuser justice contre quiconque outragerait un homme cher à la multitude.

— Qu’il l’accorde, s’il l’ose ; et il verra bientôt la différence qui existe entre une troupe de bonnes et vigoureuses lances comme les miennes, et un misérable amas de Saxons sans cœur ni discipline… Au reste, vous ignorez mon plan : ne semblé-je pas un chasseur aussi hardi que quiconque sonna jamais du cor ? en bien ! le blâme de cette entreprise retombera sur les outlaws des forêts du comté d’York. J’ai mis de fidèles espions aux trousses de ces Saxons revêches : ils couchent cette nuit au couvent de Saint-Wittol… Withold… je ne sais quel rustre de saint saxon, près de Burton-on-Trent[1]. La journée de demain les verra en notre pouvoir. Nous fondrons sur eux comme des faucons sur leur proie ; puis, paraissant sous mon costume ordinaire et jouant le rôle de chevalier courtois, je délivre la belle infortunée des mains de ses grossiers ravisseurs, la conduis au château de Front-de-Bœuf ou en Normandie, s’il est nécessaire. Je ne la ramène à sa famille que comme épouse et dame Maurice de Bracy.

— C’est un plan merveilleux, et qui n’est pas, je le crois, entièrement de ton invention. Sois franc, de Bracy : qui t’a aidé à le concevoir, et qui doit t’aider à l’exécuter ? car je pense que ta compagnie franche est en ce moment à York.

— S’il faut absolument que tu le saches, c’est le templier qui a arrêté le plan du projet que l’aventure des Benjamites m’a suggéré. Il doit me seconder dans cette plaisante attaque ; lui et ses gens joueront le rôle des outlaws, aux mains de qui mon bras vigoureux arrachera la belle Saxonne quand j’aurai changé de vêtement.

— Par Notre-Dame ! ce plan est digne de votre sagesse réunie ; et ta prudence, de Bracy, se montre dans tout son jour, puisque tu ne crains pas de laisser la jeune dame entre les mains de ton digne et valeureux confédéré. Tu réussiras, je le présume, à l’enlever à ses amis saxons ; mais la retirer ensuite des griffes de Bois-Guilbert me semble beaucoup plus difficile : c’est un faucon habitué à saisir sa proie, mais qui ne la lâche plus lorsqu’il la tient.

— Il est templier, par conséquent il ne saurait être mon rival

  1. Ville de 4.000 âmes, sur la rive septentrionale du Trent, à 44 lieues N. N. O. de Londres ; elle est fameuse pour ses brassries. a. m.