Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/149

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mener une vie vagabonde en pays étranger, ne peuvent offrir ici leurs bras lorsque les circonstances l’exigent. »

Les assistants avaient trop d’intérêt dans la question pour ne point se ranger de l’avis du prince ; aussi tous s’écrièrent à l’envi ; « C’est un prince généreux que notre seigneur et maître, qui s’impose à lui-même l’obligation de récompenser de fidèles serviteurs ! » En effet tous avaient déjà obtenu ou espéraient obtenir des concessions pareilles à celles dont jouissait Front-de-Bœuf, aux dépens des serviteurs et des favoris du roi Richard. Le prieur Aymer joignit son adhésion au sentiment général ; seulement il fit observer que Jérusalem la Sainte ne pouvait être appelée un pays étranger, qu’elle était la mère commune, communis mater ; mais il ne voyait pas, ajouta-t-il, comment le chevalier d’Ivanhoe pourrait faire valoir cette excuse, puisque lui, prieur, savait de bonne part que les croisés sous les ordres de Richard n’avaient jamais été beaucoup plus loin qu’Ascalon, et que cette ville, comme tout le monde le savait, était une ville des Philistins et n’avait droit à aucun des privilèges de la cité sainte.

Waldemar, que la curiosité avait attiré près du lieu où Ivanhoe s’était évanoui, revint alors auprès de Jean. « Ce chevalier, dit-il, ne donnera probablement aucune inquiétude sérieuse à Votre Altesse, et ne cherchera pas à disputer à Front-de-Bœuf la possession de ses domaines : il a reçu de graves blessures.

— Quoi qu’il en soit, reprit Jean, il est le vainqueur du tournoi et, fût-il dix fois notre ennemi, ou l’ami dévoué de notre frère, ce qui peut-être est la même chose, il faut soigner ses blessures. Que notre chirurgien se rende auprès de lui. «

Un sourire amer contracta les lèvres du prince pendant qu’il prononçait ces paroles. Waldemar Fitzurse se hâta de répondre qu’Ivanhoe était déjà transporté hors de la lice, et sous la garde de ses amis. « Je l’avoue, j’ai éprouvé quelque émotion en voyant la douleur de la reine de la beauté et des amours, dont cet événement a changé la souveraineté éphémère en un véritable deuil. Je ne suis pas homme à me laisser amollir par les craintes d’une femme en faveur de son amant ; mais lady Rowena a su réprimer son chagrin avec une telle dignité, qu’il s’est révélé seulement lorsque, les mains jointes, elle a fixé un œil sec et tremblant sur le corps inanimé étendu devant elle.

— Qui est donc cette lady Rowena dont nous avons si souvent entendu prononcer le nom ?