Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/147

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vainqueurs ! » et que les dames agitaient leurs mouchoirs de soie et leurs voiles brodés ; enfin, tandis que les spectateurs de tous rangs poussaient de vives acclamations, les maréchaux conduisirent le chevalier déshérité au pied du trône de lady Rowena.

Ils firent mettre le chevalier à genoux sur la dernière marche de ce trône ; car, dans toutes ses actions, dans tous ses mouvements, depuis la fin du combat, il semblait agir plutôt d’après l’impulsion de ceux qui l’entouraient que par sa propre volonté, et on remarqua qu’il chancelait en traversant une seconde fois la lice. Rowena, descendant de son trône d’un pas gracieux et imposant, allait placer sur le casque du héros la couronne qu’elle tenait à la main, lorsque les maréchaux s’écrièrent d’une même voix : « Cela ne doit pas être ainsi ; il faut que sa tête soit découverte. « Le chevalier murmura faiblement quelques mots, qui se perdirent dans la cavité de son casque, et qui, sans doute, exprimaient le désir de rester couvert. Soit respect pour les règles du cérémonial, soit curiosité, les maréchaux ne firent nulle attention à son apparente répugnance ; ils coupèrent les lacets de son casque et le lui enlevèrent. On vit alors les traits d’un jeune homme de vingt-cinq ans, dont le front était couvert d’une courte chevelure, mais épaisse autant que belle : ses traits étaient brunis par le soleil ; il était pâle comme un mort, et on remarquait sur son visage deux ou trois taches de sang.

Lady Rowena ne l’eut pas plus tôt aperçu qu’elle poussa un faible cri ; mais rappelant aussitôt l’énergie de son caractère, tandis que tout son corps tremblait de la violence d’une si soudaine émotion, elle posa sur la tête du vainqueur la superbe couronne qui était la récompense de sa valeur, en prononçant ces mots d’une voix claire et distincte : « Je te donne cette marque de triomphe, en témoignage de la valeur que tu as déployée dans ce tournoi. » Ici elle s’arrêta un moment, puis elle ajouta d’une voix ferme : « Jamais couronne de chevalerie ne ceignit un front plus digne de la porter. »

Le chevalier déshérité s’inclina d’un air modeste, et baisa avec respect la main gracieuse de la jeune souveraine qui venait de le couronner ; puis, se baissant davantage encore, il tomba à ses pieds accablé de fatigue et comme évanoui. La consternation fut générale. Cedric, qui avait été frappé d’une stupeur muette à la vue inattendue d’un fils qu’il avait banni de sa présence, s’élança aussitôt comme pour le séparer de Rowena ; mais il avait été devancé par les maréchaux du tournoi qui, devinant la cause de l’évanouissement d’Ivanhoe, s’étaient hâtés de le débarrasser de son armure ; et