Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/135

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



À ces mots les deux champions s’attaquèrent bravement, et pendant quelques minutes ils déployèrent une grande égalité de force, de courage et d’adresse, portant et parant chacun des coups terribles, avec la plus rapide dextérité, tandis que par le claquement continu de leurs bâtons, on aurait pu, à une certaine distance, supposer qu’il y avait au moins six combattants de chaque côté. Des luttes moins acharnées et moins dangereuses ont été décrites en beaux vers héroïques ; mais celle de Gurth et du meunier restera privée de cet honneur, faute d’un poète inspiré qui rende hommage à de tels adversaires. Toutefois, bien que le combat du bâton à deux bouts ne soit plus pratiqué, nous ferons de notre mieux pour célébrer en prose ces deux hardis champions.

Ils luttèrent pendant assez long-temps avec un succès balancé. Pourtant le meunier commença à perdre patience en se trouvant en face d’un si vaillant lutteur, et en voyant ses compagnons se moquer de lui, comme il arrive en de telles occasions. Cette impatience était funeste à celui qui la manifestait dans ce noble jeu du gourdin, lequel exige beaucoup de sang-froid, et elle donna à Gurth, doué d’un caractère très ferme et très déterminé, un énorme avantage dont il sut profiter. Le meunier pressait son antagoniste avec une extrême furie, déchargeant des coups de bâton des deux bouts alternativement, et s’efforçant d’approcher à distance de moitié de la longueur de son arme, tandis que le porcher repoussait l’attaque, en tenant ses mains à une verge plus bas, se couvrant lui-même en brandissant son bâton avec une grande célérité, de manière à protéger sa tête et son corps. Il conservait ainsi la défensive, agissant de l’œil, du pied et de la main si à propos, qu’en voyant son adversaire manquer de respiration par la fatigue, il porta de la main gauche un coup de l’instrument à la tête. Pendant que le meunier voulut le parer, il précipita sa main droite à gauche, et d’un coup violent il atteignit au côté gauche de la tête son adversaire, dont le corps à l’instant mesura de toute sa longueur la verte pelouse.

« Très bien ! exploit digne d’un archer, » s’écrièrent les voleurs. « Parfaitement combattu, et vive à jamais la vieille Angleterre ! Le Saxon a tout à la fois sauvé et sa bourse et sa peau, et le meunier a rencontré son maître.

— Tu peux continuer ta route, mon ami, déclara le capitaine en s’adressant à Gurth, et en confirmant l’assentiment général des spectateurs ; je te ferai accompagner par deux de mes gens jusqu’en