Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/133

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— Ce que je vous dis est aussi vrai qu’il l’est que la lune nous éclaire. Vous trouverez juste la somme dans une bourse de soie séparée du reste de l’argent.

— Songe, homme, lui dit le capitaine, que tu parles d’un juif, d’un être aussi incapable de rendre l’or qu’il a une fois reçu, que les sables du désert le sont de rendre la coupe d’eau que le voyageur y a versée.

— Il n’est pas plus de pitié chez les juifs, dit un autre des bandits, que chez un officier du shériff à qui on n’a pas graissé la patte.

— C’est cependant comme je le dis, reprit Gurth.

— Qu’on allume vite une torche, dit le capitaine, je veux examiner cette bourse, et m’assurer s’il est constaté, comme le dit ce vaurien, que la générosité du juif est un peu moins miraculeuse que le torrent qui soulagea ses ancêtres dans le désert. »

Une torche fut allumée, et le chef procéda à l’examen de la bourse. Ses compagnons se groupèrent autour de lui, et même les deux voleurs qui tenaient le prisonnier avaient lâché les nœuds qui lui serraient les bras, afin de mieux voir le résultat de l’opération. Profitant de leur négligence, Gurth, par un soudain élan, se délivra de leur garde, et leur eût échappé s’il n’avait point résolu de conserver l’argent de son maître. Laisser ce trésor ne pouvait être son intention. Il arracha des mains d’un de ses gardiens un bâton noueux, en frappa le capitaine, qui ne s’attendait guère à une pareille attaque, et il fut près de ressaisir le sac et le trésor. Mais les voleurs furent trop lestes pour lui, et ils s’assurèrent derechef du sac et du porcher.

« Faquin ! dit le capitaine en se relevant, tu m’as brise la tête, et avec d’autres que nous tu paierais cher ton insolence. Dans un moment tu apprendras ta destinée. Parlons d’abord du maître. Les affaires du chevalier doivent passer avant celles de l’écuyer, suivant l’usage et les lois de la chevalerie. En attendant, ne bouge pas, car si tu essaies le moindre mouvement, tu recevras de quoi rester tranquille pour la vie. Camarades, ajouta-t-il en s’adressant à sa bande, cette bourse est brodée de caractères hébraïques, et je crois à la véracité du yeoman. Le chevalier errant doit être par nous exempté de tout péage ; il est trop des nôtres pour que nous le rançonnions : les chiens ne s’attaquent pas aux chiens tant qu’il y a des loups et des renards en abondance.

— Il est des nôtres, dites-vous ? s’écria un des voleurs ; je voudrais bien savoir comment cela peut-être.