Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/106

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— J’attendrai à demain, répondit Athelstane, j’attendrai la mêlée ; il ne vaut pas la peine que je m’arme aujourd’hui. »

Deux choses déplurent à Cedric dans ce discours : d’abord il contenait le mot normand mêlée, expression destinée à peindre le conflit général ; ensuite il témoignait une sorte d’indifférence pour l’honneur du pays. Cependant il avait été prononcé par Athelstane, dont Cedric vénérait trop les aïeux pour condamner la faiblesse de ce dernier. D’ailleurs il n’eut pas le temps de faire la moindre observation, car Wamba plaça vite son mot :

« Il vaut mieux, dit-il, être le meilleur entre cent que le meilleur sur deux. »

Athelstane reçut la remarque comme un compliment réel ; mais Cedric ayant mieux saisi l’intention du bouffon lui lança un regard sévère et menaçant ; et il fut heureux pour celui-ci que le temps et le lieu ne permissent point au farouche Saxon de lui donner des témoignages plus visibles de son ressentiment.

La pause dans le tournoi fut observée exactement, si ce n’est que de temps à autre les hérauts d’armes criaient : « Amour des dames ! brisement des lances ! En avant, braves chevaliers ! de beaux yeux contemplent vos exploits ! » La musique des tenants faisait entendre aussi par intervalles des airs de triomphe et de défi, tandis que la foule impure chômait à regret une fête qui se passait dans l’inaction ; les vieux chevaliers et les nobles déploraient à voix basse le déclin de l’esprit martial, parlaient du triomphe de leurs jeunes ans, mais convenaient aussi que l’Angleterre n’avait jamais offert de dames plus belles que celles qui animaient ici les joutes. Le prince Jean commença à parler à sa suite des préparatifs du banquet et de la nécessité de décerner le prix à Brian de Bois-Guilbert, qui, avec une seule lance, avait désarçonné deux chevaliers et vaincu le troisième.

Enfin, comme la musique sarrasine des tenants venait d’exécuter une de ses longues et éclatantes fanfares qui avaient rompu le silence du tournoi, une trompette isolée y répondit par un air de défi qui partait de l’extrémité septentrionale. Tous les yeux se tournèrent de ce côté pour voir le nouveau champion qu’annonçait une fanfare aussi téméraire, et la barrière ne fut pas plus tôt ouverte qu’il entra dans la lice. Autant que l’on pouvait juger d’un homme caché sous ses armes, le nouvel aventurier parut ne pas excéder la même stature, et il semblait avoir un corps plus mince que robuste. Sa cuirasse était d’acier richement damasquiné