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LXXXIII


Où sont ces chastes feux qui souloient m’esclairer ?
Qui fait que leur ardeur en vous se diminuë ?
Et cette ferme foy, qu’est-elle devenuë,
Qui vous faisoit partout saintement reverer ?

À quel bien desormais faut-il plus aspirer,
Puisque rien icy bas ferme ne continuë ?
Tout n’est que vent, que songe et peinture en la nuë,
Qui se passe aussi-tost qu’on s’en pense asseurer.

Las ! s’il n’estoit ainsi, quel fleuve d’oubliance,
Quel nouveau changement, quelle ire ou quelle offance,
En vous de nostre amour perdroit le souvenir ?

Non, ce n’estoit d’Amour la flamme ardante et sainte,
Vous me monstriez sans plus une lumiere fainte,
Pour faire apres ma nuit plus noire devenir.


LXXXIV


Puis donc qu’elle a changé de flamme et de courage
Et que son cœur tout mien s’est ailleurs diverti,
C’est à moy maintenant à prendre autre parti,
Et, si je l’aimois bien, l’abhorrer davantage.

Ô Dieu ! que j’auray fait un desiré naufrage,
Et que de ce malheur grand heur sera sorti,
Si mon feu, de tout point, se peut rendre amorti
Et que des eaux d’oubly je fasse mon bruvage !

Helas ! depuis deux mois que j’y suis resolu,
La voyant, je voudroy ne l’avoir point voulu,
Et faut que ma raison loin de moy se departe.

Je rehume à longs traits l’amoureuse poison.
Hé ! que feray-je donc pour avoir guarison ?
Il faut vaincre en fuyant, ainsi que fait le Parthe.


LXXXV


Miserables travaux, vagabonde pensée,
Soucis continuels, espoirs faux et soudains,
Feintes affections, veritables desdains,
Memoire qu’une absence a bien tost effaçée ;

Vraye et parfaite amour d’oubly recompensée,
Avantureux desirs, mais folement hautains,
Et vous, de ma douleur messagers trop certains,
Soupirs qui donnez air à mon ame oppressée ;

Quoy ! ces vivantes morts, ces durables ennuis,