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LES AMOURS D’HIPPOLYTE.


XXV


Mettez-moy sur la mer, quand elle est courroucée,
Ou quand les vens légers soufflent plus doucement,
Sur les eaux, en la terre, au haut du firmament,
Vers la ceinture ardante ou devers la glacée.

Que ma fortune soit deçà delà poussée,
Bien-haute aucunesfois, quelquesfois bassement ;
Que mon nom glorieux vive éternellement,
Ou que du tans vainqueur soit ma gloire effacée.

Jeune ou vieil, pres ou loin, contant ou malheureux,
Que j’aye amour propice, ou fier et rigoureux,
Que mon ame aux enfers ou aux cieux s’achemine ;

Jamais en mon esprit tant que seray vivant,
On ne verra secher cette plante divine
Que des eaux de mes pleurs j’arrose si souvant.


XXVI


Grand Jupiter, ministre de l’orage,
Pardonne-moy, si je ne puis penser
Qu’une beauté t’ait jamais peu forcer,
Espoinçonné de l’amoureuse rage.

S’il estoit vray brûlant en ton courage
Pour la beauté qui me fait trespasser,
Ores qu’en l’air elle s’ose hausser,
Tu la prendrois, arrestant son voyage.

Mais las ! madame, où vollez-vous si haut ?
Je n’en puis plus, une frayeur m’assaut,
Craignant pour vous qui me faites la guerre ;

Jà n’est besoin que vous montiez aux cieux,
Car vos beautez contraindront bien les Dieux
Pour vostre amour de descendre en la terre.


XXVII


Amour en mesme instant m’aiguillonne et m’arreste,
M’asseure et me fait peur, m’ard et me va glaçant,
Me pourchasse et me fuit, me rend foible et puissant,
Me fait victorieux et marche sur ma teste.

Ores bas, ores haut, jouët de la tempeste,
Il va comme il luy plaist ma navire élançant ;
Je pense estre échappé quand je suis perissant,
Et quand j’ay tout perdu je chante ma conqueste.

De ce qui plus me plaist je reçoy déplaisir ;