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L’HIVER.
À Monsieur l’Abbé de Chaulieu.

Cher abbé, souviens-toi qu’Horace
Veut qu’on mette pendant ces froids
Largement du vin dans la tasse
Et dans le foyer force bois.
Vois-tu nos arbres et nos toits
Soutenir à peine le poids
De la neige qui s’y ramasse ?
Vois-tu nos fleuves, comme en Thrace,
Si bien arrêtés pour deux mois,
Que bientôt à la même place
Où rouloient les flots autrefois
Tu verras rouler les charrois
Sur leur ferme et stable surface ?

Les Aquilons ont glacé l’air ;
Le Soleil n’ose plus aller,
Et puisque tant de temps se passe
Sans qu’il paroisse dans les cieux,
Crois que le forgeron des dieux
Lui ferre ses chevaux à glace.