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Page:Œuvres de Blaise Pascal, X.djvu/48

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32 ŒUVRES

nous a dit en sortant de la grande Messe qu'elle com- mençoit à rasler. Nous y avons couru et nous l'avons trouvée commençant son agonie, mais avec tant de con- noissance que j'en ay eu grand peur, craignant que la veuë et l'approche de la mort ne la troublât, mais Dieu luy a fait bien plus de grâce que je n'eusse osé espérer. Depuis cela je ne l'ay plus quittée ny la Mère prieure aussi, ce qui la consoloit beaucoup, parceque nous luy disions de fois à autres quelques paroles pour la faire pensera Dieu. Sur le midy elle s'est tournée vers moy, connoissant bien que j'estois touchée de son estât, elle m'a dit : « Voila vostre pauvre Enfant bien mal. » Je luy ay dit : « Il est vray, elle souffre beaucoup, » car elle estoit dans une grande agitation. « Ouy, ce m'a t'elle dit, mais cela n'est rien, pourvu que je puisse espérer de pouvoir satisfaire à Dieu. » J'ay tasché sur cela de luy donner confiance, et un peu après elle m'a dit : « Que je suis consolée de mourir entre vos mains ! » Gela m'ayant fait voir qu'elle connoissoit Testât où elle estoit, je luy ay dit que la Mère prieure estoit allée quérir M. de Sacy. Elle en a eu grande joye, et quelque temps après elle nous a dit : « M. de Sacy ne vient point; » et puis aussitost elle s'est reprise et nous a dit qu'il ne falloit pas le presser de peur de l'incommoder. Je l'ay pourtant fait, voyant qu'elle abbaissoit tousjours. Pendant qu'on Falloit avertir, elle m'a dit : « Commencez toujours les prières », ce que j'ay fait. La pauvre Enfant y a tousjours répondu, baisant tousjours la Croix qu'elle tenoit. Le poux luy estant revenu plus fort, on a creu que cela pourroit encore durer, de sorte que M. de Sacy et la Communauté se sont retirez. Apres cela je luy ay demandé si elle n'avoit pas grande confiance en la miséricorde de Dieu. Elle m'a repondu avec un grand sentiment : « Je ne sçay si je suis digne de

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