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Page:Œuvres de Blaise Pascal, X.djvu/47

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LETTRE DE JACQUELINE PASCAL 31

contribuer en prenant de bon cœur tous les remèdes qui en estoient des suites nécessaires. Cela fit tant d'impression sur son esprit, que depuis ce temps, elle a pris tout ce qu'on luy a donné, et Dieu luy a fait la grâce de luy donner un si grand sentiment de pénitence, qu'elle ne pouvoit souffrir qu'on la plaignît sans faire violence à la grande difficulté qu'elle avoit à parler, pour dire qu'elle ne souf- froit rien, et pour comparer son mal à celuy de quelques autres qu'elle croyoit estre plus grand, pour dire que le sien n'estoit rien. Elle a témoigné jusqu'à la fin une grande reconnoissance des services qu'on luy rendoit, et cela par esprit d'humilité et de pénitence ; elle regardoit vraye- ment cela comme une chose qui ne luy estoit pas deiïe. Elle se plaignoit souvent de ce que son abbattement l'em- peschoit de s'appliquer assez à Dieu, et hier elle me dit avec grand scrupule : « Mais ne diray-je donc pas une heure d'office? » Je luy dis que sa maladie luy tenoit lieu de tout ; elle me dit en soupirant : « Cela seroit vray si je la souffrois comme il faut; mais j'y fais bien des fautes. » Et sur cela elle me dit quelque impatience qui n'estoit rien. Je luy dis que le mesme mal qui luy faisoit faire ces sortes de fautes en estoit le remède, et que pour son office il suffiroit qu'elle fît le signe de la Croix quand elle auroit l'esprit assez présent pour penser qu'il est heure de le dire. Cela la mit en paix, ou plustost cela la laissa en paix, car par la grâce de Dieu elle ne l'a jamais perdue. Elle se confessa hier au soir par occasion, car nous ne la croyions pas si proche de sa fin, et je crois qu'elle le fit avec une présence d'esprit toute entière, car mesme la dernière fois qu'elle vit M. Singlin, elle luy parla avec autant d'estenduë et de lumière qu'elle ait jamais fait, et ce matin elle en avoit tant et parloit si librement que rien ne m'a plus surprise que lors que l'on

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