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Page:Œuvres de Blaise Pascal, X.djvu/20

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II

LETTRE DE PASCAL A FERMAT


De Bienassis le 10. Aoust 1660.

Monsieur,

Vous êtes le plus galant homme du monde, et je suis assurément un de ceux qui sçay le mieux reconnoistre ces qualitez là et les admirer infiniment, sur tout quand elles sont jointes aux talens qui se trouvent singulièrement en vous : tout cela m'oblige à vous témoigner de ma main ma reconnoissance pour l'offre que vous me faites, quelque peine que j'aye encore d'écrire et de lire moy méme: mais l'honneur que vous me faites m'est si cher, que je ne puis trop me hâter d'y répondre. Je vous diray donc, Monsieur, que si j'étois en santé, je serois volé à Tolose, et que je n'aurois pas souffert qu'un homme comme vous eût fait un pas pour un homme comme moy. Je vous diray aussi que, quoy que vous soyez celuy de toute l'Europe que je tiens pour le plus grand Geomètre, ce ne seroit pas cette qualité là qui m'auroit attiré ; mais que je me figure tant d'esprit et d'honéteté en vôtre conversation que c'est pour cela que je vous rechercherois. Car pour vous parler franchement de la Géométrie, je la trouve le plus haut exercice de l'esprit, mais en même temps je la