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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/71

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LETTRE DE JACQUELINE PASCAL 55

s’il estoit possible, et enfin un recueillement et une attention à Dieu qui vous tienne dans un silence interieur et exterieur au regard de tout ce qui n’est point necessaire, et vous fasse trouver l’Eglise en tous les lieux de la maison, sans que le travail exterieur puisse interrompre cette oraison continuelle que Nostre Seigneur nous commande dans l’Evangile 1. Voila, ma chere Demoiselle, une espece de bien [s] que les Peres de la terre ne donnent point; mais il faut les esperer de nostre Pere qui est au Ciel, si nous les desirons du fonds du cœur, et que nous l’invoquions en verité pour les obtenir, non seulement en priant mais en travaillant serieusement à destruire peu à peu toutes les inclinations ou les mauvaises habitudes qui pourroient s’opposer à ces vertus en nous. J’ay crû vous devoir avertir de tout cela pour vous donner quelque idée de la chose que vous desirez, quoyque j’apprehende que cela vous effraye. Mais ne craignez point, car saint Benoist nous assure qu’encore que la voye estroitte paroisse difficile à l’entrée, l’amour de Dieu l’adoucit bientost et la rend si spacieuse qu’au lieu que d’abord à peine peut-on y entrer, on vient ensuitte à y courir avec une facilité sans aucune comparaison plus grande que dans la voye large du siecle, parceque Dieu mesme nous soutient et nous porte dans sa voye, au lieu que dans l’autre sa main toute puissante s’appesantit tousjours sur nous de plus en plus. Et puis on ne vous demande pas que vous apportiez toutes ces richesses en entrant, mais seulement un vray desir de les acquerir et d’y travailler serieusement. Je cherchois un passage de saint Bernard pour vous confirmer cette verité; mais comme je suis fort pressée, je vous en envoye un autre que j’ay rencontré par hazard, qui ne vous sera

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1. Luc, XVIII, I : ... oportet semper orare et non deficere.