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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/69

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LETTRE DE LA SŒUR JACQUELINE

DE SAINTE EUPHEMIE PASCAL¹

Gloire à Jesus au tres Saint Sacrement.

A Port-Royal, ce 3. Octobre 1656.


Mademoiselle,

Je vous demande pardon de n’avoir pas plus tost fait reponse à une lettre de vous qui m’a esté portée il y a environ huict ou dix jours, quoy que je puisse vous assurrer qu’il ne s’en est passé aucun depuis ce temps où je ne l’aye voulu faire, mais je n’en ay point pu trouver le tems. Je loüe Dieu, ma chere Demoiselle, de la perseverance qu’il vous donne; car je sçay par experience qu’il n’y a point de plus grand bonheur en la terre que celuy où vous aspirez, et j’espere que vous avouërez cette verité si Dieu vous fait jamais la grace d’en gouster. Mais je suis un peu faschée de ce que vous pensez que vous ne pouviez avoir entrée dans la maison, si celle² de la personne qu’on ne nomme point ne vous en donnoit le moyen, parce que M. vostre Pere ne seroit pas d’humeur à y contribuer. Vous voulez bien que je vous dise que ce n’est pas assez connoistre l’esprit de la vocation que vous desi-

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1. Cette lettre a été publiée pour la première fois par Victor Cousin. On ignore à qui elle était adressée. Il semble qu’elle ne puisse avoir pour destinataire Mlle de Rouannez dont le père était mort à cette date ; une erreur du copiste serait cependant possible et il est à noter que les circonstances auxquelles Jacqueline Pascal fait allusion se rapportent assez bien à la situation morale de Mlle de Rouannez.

2. C’est-à-dire : la grâce.