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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/52

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36 ŒUVRES

vos autres Peres qui ont permis ces meurtres dans la pratique, ont ruiné l’une aussi bien que l’autre. Mais allons plus avant, mes Peres. Nous voyons bien que vous défendez quelquefois de nuire à l’Estat, et vous dites que vostre dessein en cela est d’observer la loy de Dieu qui oblige à le maintenir. Cela peut estre veritable, quoy qu’il ne soit pas certain ; puisque vous pourriez faire la mesme chose par la seule crainte des Juges. Examinons donc, je vous prie, de quel principe part ce mouvement.

N’est-il pas vray, mes Peres, que si vous regardiez veritablement Dieu, et que l’observation de sa loy fust le premier et principal objet de vostre pensée, ce respect regneroit uniformément dans toutes vos décisioons importantes, et vous engageroit à prendre dans toutes ces occasions l’interest de la Religion. Mais si l’on voit au contraire que vous violez en tant de rencontres les ordres les plus saints que Dieu ait imposez aux hommes, quand il n’y a que sa loy à combattre ; et que dans les occasions mesmes dont il s’agit vous aneantissez la loy de Dieu, qui defend ces actions comme criminelles en elles-mesmes, et ne témoignez craindre de les approuver dans la pratique que par la crainte des juges, ne nous donnez vous pas sujet de juger que ce n’est point Dieu que vous considerez dans cette crainte ; et que si en apparence vous maintenez sa loy en ce qui regarde l’obligation de ne pas nuire à l’Estat, ce n’est pas pour sa loy mesme, mais pour arriver à vos fins, comme ont tousjours fait les moins religieux politiques ?