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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/48

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32 ŒUVRES

la speculation, ne le fust pas dans la pratique : puisque ce qu’on peut faire dans la pratique, dépend de ce qu’on trouve permis dans la speculation ; et que ces choses ne different l’une de l’autre, que comme l’effet de la cause. Car la speculation est ce qui détermine à l’action. D’OÙ IL S’ENSUIT QU’ON PEUT EN SEURETÉ DE CONSCIENCE SUIVRE DANS LA PRATIQUE LES OPINIONS PROBABLES DANS LA SPECULATION ; et mesme avec plus de seüreté que celles qu’on n’a pas si bien examinées speculativement.

En verité, mes Peres, vostre Escobar raisonne assez bien quelquefois. Et en effet il y a tant de liaison entre la speculation et la pratique, que quand l’une a pris racine, vous ne faites plus difficulté de permettre l’autre sans déguisement. C’est ce qu’on a veü dans la permission de tuer pour un soufflet, qui de la simple speculation, a esté portée hardiment par Lessius à une pratique qu’on ne doit pas facilement accorder ; et de là par Escobar à une pratique facile ; d’où vos Peres de Caën l’ont conduite à une permission pleine, sans distinction de theorie et de pratique, comme vous l’avez déja veü.

C’est ainsi que vous faites croistre peu à peu vos opinions. Si elles paroissoient tout d’un coup dans leur dernier excés, elles causeroient de l’horreur : mais ce progrés lent et insensible y accoustume doucement les hommes, et en oste le scandale 1. Et par ce moyen la permission de tuer si odieuse à

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1. Voir la même idée énoncée par Arnauld en 1644, supra p. 16 sq.