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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/46

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30 ŒUVRES

rant le dommage que l’Estat en recevroit, et la presence des Magistrats qui maintiennent la seüreté publique, vous n’approuvez pas toujours dans la pratique ces meurtres et ces crimes que vous trouvez permis dans la speculation, ¹pour vous mettre par là à couvert du costé des Juges. C’est ainsi par exemple que sur cette question, s’il est permis de tuer pour des médisances, vos Auteurs Filiutius tr. 29. cap. 3. num. 52. Reginaldus I. 21 . cap. 5. num. 63². et les autres répondent : Cela est permis dans la speculation: Ex probabili opinione licet: mais je n’en approuve pas la pratique à cause du grand nombre de meurtres qui en arriveroient, et qui feroient tort à l’Estat si on tuoil tous les médisans ; et qu'aussi on seroit puny en justice en tuant pour ce sujet. Voilà de quelle sorte vos opinions commencent à paroistre sous cette distinction, par le moyen de laquelle vous ne ruïnez que la Religion, sans blesser encore sensiblement l’Estat. Par là vous croyez estre en assurance. Car vous vous imaginez que le credit que vous avez dans l’Eglise empeschera qu’on ne punisse vos attentats contre la verité, et que les precautions que vous apportez pour ne mettre pas facilement ces permissions en pratique, vous mettront à couvert de la part des Magistrats, qui, n’estant pas juges des cas de conscience n’ont proprement interest qu’à la

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1. B. [afin de] vous...

2. P. [Lessius n. 81. et 82.]. — Sur Filliucci n. 51 et 52, cf. la septième Provinciale, p. 101 et p. 68 sq. ; sur Regnault, cf. ibid, p. 87 sq. et 101 et p. 67 ; sur Leys, cf. ibid, p. 101 et p. 64 sq.