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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/39

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TREIZIÈME PROVINCIALE 23.

disant comme vous faites : Plusieurs personnes d’honneur dans Paris ont déja reconnu cette insigne fausseté par la lecture de Lessius, et ont apris par là quelle creance on doit avoir à ce calomniateur. Quoy, mes Peres? Est-ce ainsi que vous abusez de la creance que ces personnes d’honneur ont en vous ? Pour leur faire entendre que Lessius n’est pas d’un sentiment, vous leur ouvrez son livre en un endroit où il en condamne un autre. Et comme ces personnes n’entrent pas en defiance de vostre bonne foy, et ne pensent pas à examiner s’il s’agit en ce lieu là de la question contestée, vous trompez ainsi leur credulité. Je m’assure, mes Peres, que, pour vous guarantir d’un si honteux mensonge, vous avez eu recours à vostre doctrine des equivoques, et que lisant ce passage tout haut, vous disiez tout bas 1 , qu’il s’y agissoit d’une autre matiere. Mais je ne sçay si cette raison qui suffit bien pour satisfaire vostre conscience, suffira pour satisfaire la juste plainte que vous feront ces gens d’honneur, quand ils verront que vous les avez joüez de cette sorte.

Empeschez-les donc bien, mes Peres, de voir mes lettres, puisque c’est le seul moyen qui vous reste pour conserver encore quelque temps vostre credit. Je n’en use pas ainsi des vostres. J’en envoye à tous mes amis, je souhaite que tout le monde les voye. Et je croy que nous avons tous raison. Car enfin apres avoir publié cette quatriéme imposture avec

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1. Cette doctrine des équivoques est critiquée dans la neuvième Provinciale, cf. supra T. V, p. 205.