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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/305

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SEIZIÈME PROVINCIALE


disance, vous en avez perdu le fruit; tant le mal est contraire à soy-même, et tant il s'embarrasse et se détruit par sa propre malice.

Vous calomnieriez donc plus utilement pour vous, en faisant profession de dire avec S. Paul¹, que les simples médisans, maledici, sont indignes de voir Dieu; puisqu'au moins vos médisances en seroient plutôt creuës, quoy qu'à la verité vous vous condamneriez vous-mêmes : mais en disant, comme vous faites, que la calomnie contre vos ennemis n'est pas un crime, vos médisances ne seront point creuës, et vous ne laisserez pas de vous damner. Car il est certain, mes Peres, et que vos Auteurs graves n'aneantiront pas la Justice de Dieu, et que vous ne pouviez donner une preuve plus certaine, que vous n'estes pas dans la verité, qu'en recourant au mensonge. Si la verité estoit pour vous, elle combattroit pour vous; elle vaincroit pour vous; et quelques ennemis que vous eussiez, la verité vous en delivreroit, selon sa promesse². Vous n'avez recours au mensonge que pour soùtenir les erreurs dont vous flatez les pecheurs du monde, et pour appuyer les calomnies dont vous opprimez les personnes de pieté qui s'y opposent. La verité estant contraire à vos fins, il a fallu mettre vostre confiance au men-

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1. Paul. I Cor. VI, 9-10: .....neque ebriosi, neque maledici, neque rapaces regnum Dei possidebunt.

2. Joan. VIII, 31-32 : Dicebat ergò Deus ad eos, qui crediderunt ei, Judæos : Si vos manseritis in sermone meo, verè discipuli mei eritis; et cognoscetis veritatem, et veritas liberabit eos.

2e série. III 19