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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/287

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SEIZIÈME PROVINCIALE


un de ses amis sur la mort de sa mere, tom. I. lettre 14. dit que le plus agreable sacrifice qu'on puisse offrir à Dieu dans ces rencontres, est celuy de la patience: donc il est Calviniste. Cela est bien subtil, mes Peres ; et je ne sçay si personne en voit la raison. Apprenons la donc de luy. Parce, dit ce grand Controversiste, qu'il ne croit donc pas le sacrifice de la Messe. Car c'est celuy-là qui est le plus agreable à Dieu de tous. Que l'on dise maintenant que les Jesuites ne sçavent pas raisonner. Ils le sçavent de telle sorte qu'ils rendront heretiques ¹tels discours qu'ils voudront, et mesme l'Escriture sainte. Car² n'est-ce pas une heresie de dire, comme fait l'Ecclesiastique³: il n'y a rien de pire que d'aymer l'argent ; nihil est iniquius quàm amare pecuniam; comme si les adulteres⁴, les homicides, et l'idolatrie n'estoient pas de plus grands crimes? Et à qui n'arrive-t'il point de dire à toute heure des choses semblables, et que par exemple le sacrifice d'un cœur contrit et humilié est le plus agreable aux yeux de Dieu : parce qu'en ces discours on ne pense qu'à comparer quelques vertus interieures les unes aux autres, et non pas au sacrifice de la Messe, qui est d'un ordre tout different, et infiniment plus relevé. N'estes-vous donc pas ridicules, mes Peres, et faut-il pour achever de vous confondre, que je vous represente les

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1. B. [tout ce] qu'ils; d'après W : quicquid voluerint.

2. B. [ne seroit-ce] pas...

3. Ecclesiastic. X, 10.

4- W. adulteria, stupra.