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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/254

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ŒUVRES

Lettres Chrestiennes et Spirituelles de Messire Jean du Verger de Hauranne, abbé de Saint Cyran. Paris, 1645, 2 vol. in-4°.

Lettre XIV. 5 May 1642, à un Docteur de Sorbonne, sur la mort de sa mere (M. du Hamel, selon le recueil d'Utrecht).

[Le Prestre peut dire à ses parents affligez], s'ils sont en estat de l'escouter, et s'il les trouve dans les bons intervalles de la douleur, et dans ces momens favorables des effusions de la Grace, qu'il n'y a point de plus puissans moyens d'assister ces ames, que d'offrir à Dieu pour elles le sacrifice de la patience, que Dieu ayme autant en cette occasion, que celuy de la misericorde. Tout autre soulagement qu'on pourroit leur desirer, n'est rien pour elles ny pour nous, en comparaison de celuy qui procede de nous, et de l'oblation que nous faisons à Dieu des plus sensibles douleurs de nostre cœur, afin qu'il nous donne la paix en la donnant à ceux que nous aymons et pour qui nous gemissons...

Personne ne peut douter que nostre vie ne soit deuë à Dieu, et qu'il est aussi peu possible de la luy soustraire, que les autres grands devoirs de la creature, qui n'est faite que pour luy. Si on prenoit la mort pour un sacrifice, et pour un dernier devoir rendu à Dieu, on n'en seroit pas peut-estre plus attristé que du sacrifice du corps du Fils de Dieu, qu'on luy offre tous les jours dans l'Eglise. Ce qui me donne, selon le sentiment que j'en ay à cette heure, une devotion particuliere à la mort des Chrestiens, et me fait presque perdre le souvenir de celle, pour laquelle je vous console. Car si c'est un dernier devoir, et un sacrifice qu'on rend à Dieu, pourquoy s'en affligera-t'on, puis qu'on se resjouit de celuy qu'on luy offre tous les jours du corps de son Fils, qui n'a point trouvé de plus excellent moyen pour honorer son Pere, qu'en mourant non seulement une fois en son corps mortel, mais une infinité de fois, et à toute heure, à tout moment, en tous les temps, et en tous les lieux de la terre jusqu'à la fin du monde, en son corps de gloire, dans lequel on peut dire qu'il est encore aussi veritablement mourant, comme il