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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/203

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QUINZIÈME PROVINCIALE


crimes incroyables dont vous accusez vos ennemis, ou de vous tenir pour des imposteurs, ce qui leur paroist aussi incroyable. Quoy, disent-ils, si ces choses-là n'estoient, des Religieux les publieroient-ils, et voudroient-ils renoncer à leur conscience, et se damner par ces calomnies ? Voilà la maniere dont ils raisonnent : et ainsi les preuves visibles par lesquelles on ruïne vos faussetez, rencontrant l'opinion qu'ils ont de vostre sincerité, leur esprit demeure en suspens entre l'evidence de la verité qu'ils ne peuvent dementir, et le devoir de la charité qu'ils apprehendent de blesser. De sorte que comme la seule chose qui les empesche de rejetter vos médisances, est l'estime qu'ils ont de vous ; si on leur fait entendre que vous n'avez pas de la calomnie l'idée qu'ils s'imaginent¹, et que vous croyez² faire vostre salut en calomniant vos ennemis, il est sans doute que le poids de la verité les determinera incontinent à ne plus croire vos impostures ³. Ce sera donc, mes Peres, le sujet de cette Lettre. Je ne feray pas voir seulement que vos écrits sont remplis de calomnies, je veux passer plus avant. On peut bien dire des choses fausses en les croyant veritables ; mais la qualité de menteur enferme l'intention de mentir. Je

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1. B. [que vous en avez].

2. B. [pouvoir] faire.

3. Cf. la note prise alors par Pascal (Pensées, fr. 921, T. III, p. 345) et en particulier cette phrase : « Je vous dis que vous estes des imposteurs. Je vous le prouve ; et que vous ne le cachez pas, et que vous l'authorisez insolemment. Brisacier, Meynier, d'Alby. Elidere. » Voir un développement analogue d'Arnauld, supra p. 170 sqq.