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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/165

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QUATORZIÈME PROVINCIALE


contraires à vostre conduite, que l’opposition qui s’y trouve vous fera rougir. Car puisque ce discours m’y porte, je vous prie de suivre cette comparaison, entre la maniere dont on peut tuer ses ennemis selon vous, et celle dont les Juges font mourir les criminels.

Tout le monde sçait, mes Peres, qu’il n’est jamais permis aux particuliers de demander la mort de personne ; et que quand un homme nous auroit ruïnez, estropiez, brûlé nos maisons, tué nostre pere, et qu’il se disposeroit encore à nous assassiner, et à nous perdre d’honneur, on n’écouteroit point en justice la demande que nous ferions de sa mort. De sorte qu’il a fallu établir des personnes publiques qui la demandent de la part du Roy, ou plûtost de la part de Dieu. A vostre avis, mes Peres, est-ce par grimasse et par feinte que les Juges chrestiens ont étably ce reglement ? Et ne l’ont-ils pas fait pour proportionner les loix civiles à celles de l’Evangile ; de peur que la pratique exterieure de la justice ne fust contraire aux sentimens interieurs que des Chrestiens doivent avoir ? On voit assez combien ce commencement des voyes de la justice vous confond, mais le reste vous accablera.

Supposez donc, mes Peres, que ces personnes publiques demandent la mort de celuy qui a commis tous ces crimes, que fera-t’on là dessus ? Luy portera-t’on incontinent le poignard dans le sein ?

Non, mes Peres ; la vie des hommes est trop importance ; on y agit avec plus de respect ; les loix ne