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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/160

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ŒUVRES


Lessius 1 : Le droit de se defendre s’estend à tout ce qui est necessaire pour nous garder de toute injure.

Que d'estranges suites 2 enfermées dans ce principe inhumain, et combien tout le monde est-il obligé de s’y opposer, et sur tout les personnes publiques ! Ce n’est pas seulement l’interest general qui les y engage, mais encore le leur propre, puisque vos Casuistes citez dans mes lettres estendent leurs permissions de tuer jusques à eux. Et ainsi les factieux qui craindront la punition de leurs attentats, lesquels ne leur paroissent jamais injustes, se persuadant aisément qu’on les opprime par violence, croiront en mesme temps, que le droit de se defendre s’estend à tout ce qui leur est necessaire pour se garder de toute injure. Ils n’auront plus à vaincre les remords de la conscience qui arrestent la pluspart des crimes dans leur naissance, et ne penseront plus qu’à surmonter les obstacles du dehors.

Je 3 ne parleray point icy, mes Peres, des meurtres que vous avez permis, qui sont encore plus abominables et plus importans aux Estats que tous

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1. Cf. le texte de Leys n. 78, supra T. V, p. 03 et celui de Hérault dénoncé par l’Université, ibid. p. 58 sq.

2. B. [sont] enfermées. — Ces « estranges suites », étaient déjà indiquées dans la Réponse de l’Université d’Hermant, cf. supra p. 16.

3. P. (deux tirages qui semblent postérieurs) AB. Je [n’en] parleray point icy, mes Peres, [non plus que] des (AB. [autres]) meurtres; W. Placet hoc vobis, Patres, hoc loco gratificari, ut cædes magis etiam detestandas. — Ici encore Pascal fait allusion aux théories sur le régicide et sur l’avortement, questions dont il s’est interdit de parler, mais que l’Université avait discutées longuement en 1643 et 1644.