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Page:Œuvres de Blaise Pascal, VI.djvu/150

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ŒUVRES

blable à celle de Dieu, qui est impuissant pour faire le mal, et tout puissant pour faire le bien ; et que c’est la distinguer de celle des demons, qui sont impuissans pour le bien, et n’ont de puissance que pour le mal. Il y a seulement cette difference entre Dieu et les Souverains, que Dieu estant la justice et la sagesse mesme, il peut faire mourir sur le champ qui il luy plaist, [1]quand il luy plaist, et en la maniere qu’il luy plaist. Car outre qu’il est le maistre souverain de la vie des hommes, il ne peut la leur oster [2]ny sans cause, ny sans connoissance, puisqu’il est aussi incapable d’injustice que d’erreur. Mais les Princes ne peuvent pas agir de la sorte, parce qu’ils sont tellement Ministres de Dieu, qu’ils sont hommes neanmoins, et non pas Dieux. Les mauvaises impressions les pourroient surprendre : les faux soupçons les pourroient aigrir : la passion les pourroit emporter, et c’est ce qui les a engagez eux-mesmes à descendre dans les moyens humains, et à establir dans leurs Estats des juges, ausquels ils ont communiqué ce pouvoir, afin que cette autorité que Dieu leur a donnée, ne soit employée que pour la fin pour laquelle ils l’ont receuë.

Concevez donc, mes Peres, que pour estre exempts d’homicide, il faut agir tout ensemble et par l’autorité de Dieu, et selon la justice de Dieu ; et que si

  1. B quand il lui plaist, manque.
  2. P. (dans un tirage qui semble postérieur) : [ou] sans cause, [ou] sans connoissance ; A. sans cause, sans connaissance ; W. aut errore deceptus aut sine causa ; B. [il est sans doute] qu’il ne la leur [oste jamais] ny sans cause, ny sans connoissance.