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LXXIV INTRODUCTION

ces concessions une limite qu’il s’interdira désormais de franchir. Il se tient à une petite distance d’Arnauld et de Nicole, à une distance suffisante cependant pour que le dissentiment ait subsisté, qu’il ait même paru s’aggraver à mesure que la polémique se poursuivait.

Il convient de mettre ici en lumière le caractère singulier de cette polémique, l’art — on serait tenté de dire la virtuosité, si le mot peut s’appliquer au raffinement dans l’analyse de l’argumentation abstraite — que chacun des deux partis déploie pour donner à sa thèse une forme impersonnelle, en remontant aux principes de tout raisonnement et en conférant une rigueur parfaite à sa démonstration : hommage le plus rare et le plus touchant qu’adversaires aient jamais rendu à l’élévation et au désintéressement de leurs convictions réciproques.

Arnauld a recours à ce qu’il appelle la Logique, nous dirions plus volontiers aujourd’hui à la psychologie. Il s’appuie sur le principe que tout terme, pris en lui-même, est général et indéterminé, qu’il n’acquiert de portée précise que par l’opération qui lui impose une certaine signification ; or cette opération relève, non de la vérité des choses, mais de l’opinion des hommes ; de la sorte, les sentences qui condamnent le sens de Jansénius portent sans doute sur le sens que le pape attribuait à certaines formules prétendues extraites de l’ Augustinus, il est impossible d’y envelopper le sens tout différent que les Jansénistes attribuent aux doctrines mêmes de l’ Augustinus 1. Souscrire à la condamnation de Jansénius, dans

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1. De l’écrit analysé, infra T. X, p. 221, il importe de détacher ici le passage le plus caractéristique à cet égard : « Quiconque, jugeant par lui-même du sens d’un Auteur, dit qu’il est hérétique, doit nécessairement avoir dans l’esprit l’idée distincte d’un dogme particulier, qu’il croit avoir été enseigné par un Auteur... 2° Ce n’est proprement