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LXX INTRODUCTION

tion de ce mandement est un chef-d’œuvre d’habileté ; Sainte-Beuve a cité à ce propos un passage de l’ Apologie pour les Religieuses de Port-Royal (qui semble rédigé surtout par Nicole, 1665): « Il faut pourtant reconnoître que ceux qui l’avoient dressé, désirant ménager les Evesques et se menager eux mesmes, en avoient concerté les termes avec tant d’adresse, que les clauses essentielles, qui déterminoient nettement la Signature à ne signifier la creance qu’à l’egard de la Foy y estoientun peu cachées, et qu’il falloit quelque attention pour les reconnoistre 1 ».

Cet excès d’habileté devait provoquer, avec les véhémentes protestations de Perrault, de Varet, de Le Roy, de profondes inquiétudes chez les religieuses ; elles ne se résignèrent à signer, même après ce premier mandement, qu’en joignant à leur signature une explication. Il suffit de rappeler ici les lettres où Jacqueline Pascal fait connaître à la sœur Angélique de Saint-Jean, à Antoine Arnauld — à son frère « s’il se porte bien » — un désespoir qu’elle sent mortel, et qui le fut en effet.

Or, une fois de plus, la position où Port-Royal avait prétendu se retrancher, se trouve emportée. Dès le mois de juin, le mandement des grands vicaires est attaqué par le Conseil du Roi, en même temps que par une assemblée d’évêques qui se tient à Fontainebleau. Au mois d’août il est condamné par un bref d’Alexandre VII, qui est d’une étonnante brutalité. Le 31 octobre, les grands vicaires se voient contraints à révoquer leur première ordonnance et y à substituer un second mandement, rédigé par un ennemi déclaré de Port-Royal, qui exige la signature, sans plus faire aucune mention de la distinction

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1. Seconde partie, ch. II, Œuvres d’ Arnauld, édition de Paris-Lausanne, T. XXVII, p. 316.