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INTRODUCTION LXVII

Dès lors il est clair que la bulle d’Innocent X tranche un point de droit : aucun fidèle ne peut croire à des propositions frappées d’hérésie. En revanche, la bulle d’Alexandre VII concerne un point de fait ; elle rend public pour les catholiques que le pape attribue à Jansénius le sens hérétique de ses propositions, mais il est impossible qu’elle oblige, ou leurs yeux à lire dans l’ Augustinus des phrases qui n’y sont pas effectivement imprimées 1 , ou leur intelligence à donner du livre une interprétation qui n’y serait pas manifestement comprise. En mars 1657, directement inspiré, nous l’avons montré, par Arnauld et par Nicole, Pascal soutient que, l’unité et la paix de l’Église étant assurées par l’acceptation universelle de la bulle d’Innocent X, la bulle d’Alexandre VII ne peut apporter

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1. On conçoit que la discussion ait pu se poursuivre sans fin sur l’interprétation des cinq propositions attribuées à Jansénius; mais il semble, comme le dit Pascal, qu’il devrait être facile de décider si elles sont ou non dans l’ Augustinus. Nous nous contenterons à cet égard de signaler une rencontre qui nous paraît significative. Dans son ouvrage posthume sur Pascal (1901), Hatzfeld annonce une comparaison littérale des textes ; mais il est à remarquer qu’il restreint ses citations, comme Voltaire avait déjà fait au chapitre XXXVII du Siècle de Louis XIV, à la première et à la cinquième des propositions. Hatzfeld conclut par voie de généralisation tacite (p. 200) : « On peut voir par le texte latin que non seulement le sens, mais presque les termes de l’ Augustinus sont reproduits dans les propositions condamnées ». Par contre, Arnauld écrivait en 1661 : « Le vrai sens de Jansénius n’est point conforme à celui des Propositions, puisque Jansénius enseigne formellement le contraire, sur-tout de la 2e , de la 3e et de la 4e » (infra T. X, p. 227. Cf. aussi infra p. 90, n. I). De là il résulterait que relativement à deux de ces propositions le texte condamné est assez voisin de l’ Augustinus pour donner aux accusateurs de Jansénius le droit de protester de leur bonne foi; que, pour les trois autres en revanche, on rencontre assez de différence entre l’ Augustinus et le texte condamné pour permettre aux défenseurs de Jansénius de soutenir que les rapprochements de texte manifestaient une mauvaise intention.