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314 OEUVRES

commode. Quoy avoir à respondre oüy et non à son choix ? On ne peut assez priser un tel avantage. Et je voy bien maintenant à quoy vous servent les opinions contraires que vos Docteurs ont sur chaque matiere. Car l’une vous sert tousjours, et l’autre ne vous nuit jamais. Si vous ne trouvez vostre compte d’un costé, vous vous jettez de l’autre et tousjours en seureté. Cela est vray, dit-il, et ainsi nous pouvons tousjours dire avec Diana qui trouva le P. Bauny pour luy lorsque le P. Lugo luy estoit contraire. Sæpe premente Deo fert Deus alter opem. Si quelque Dieu nous presse, un autre nous delivre 1.

J’entends bien, luy dis-je. Mais il me vient une difficulté dans l’esprit. C’est qu’après avoir consulté un de vos Docteurs, et pris de luy une opinion un peu large, on sera peut-estre attrappé si on rencontre un Confesseur qui n’en soit pas, et qui refuse l’absolution si on ne change de sentiment. N’y avez-vous point donné ordre mon Pere? En doutez-vous, me répondit-il. On les a obligez à absoudre leurs penitens qui ont des opinions probables, sur peine de peché mortel, afin qu’ils n’y manquent pas. C’est ce qu’ont bien monstré nos Peres, et entre autres le P. Bauny 2 ; Quand le penitent, dit-il, suit

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1. Vers d’Ovide, Tristes, I, II,4. La citation se trouve dans Diana, 5 e part., tract. XIII, mise, I, resol. 93 ; il s’agit d’une discussion sur les prérogatives d’un Bénédictin, et ni Bauny, ni Lugo ne sont nommés en cet endroit ; la citation semble empruntée à Hurtado de Mendoza. Le vers français paraît être de Pascal. — Jean de Lugo, jésuite espagnol et cardinal (1583-1660).

2. P’AB. [tr. 4. de Pœnit. Q. 13. P. P. 93]. — Cf. cette citation prise dans Arnauld, Lettre à un duc et pair, supra p. 277.