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QUATRIÈME PROVINCIALE 265

pas quand on ne connoist pas la justice : Necesse est ut peccet à quo ignoratur justitia 1 .

Le bon Pere se trouvant aussi empesché de soutenir son opinion au regard des justes qu’au regard des pecheurs, ne perdit pas pourtant courage. Et apres avoir un peu resvé ; Je m’en vas bien vous convaincre, nous dit-il. Et reprenant son P. Bauny à l’endroit mesme qu’il nous avoit monstre; Voyez, voyez la raison sur laquelle il establit sa pensée. Je sçavois bien qu’il ne 2 manquoit pas de bonnes preuves. Lisez ce qu’il cite d’Aristote; et vous verrez qu’apres une autorité si expresse, il faut brûler les livres de ce Prince des Philosophes, ou estre de nostre opinion. Escoutez donc les principes qu’estatablit le P. Bauny 3 : Il dit premierement qu’une action ne peut estre imputée à blasme lors quelle est involontaire. Je l’avoue, luy dit mon amy. Voilà la premiere fois, leur dis-je, que je vous ay veus d’accord. Tenez-vous en là, mon Pere, si vous m’en croyez. Ce ne seroit rien faire, me dit-il. Car il faut sçavoir quelles sont les conditions necessaires pour faire qu’une action soit volontaire. J’ay bien peur respondis-je, que vous ne vous broüilliez là dessus. Ne craignez point, dit-il, cecy est seur. Aristote est pour moy . Escoutez bien ce que dit le P. Bauny : Afin qu’une action soit volontaire, il faut qu’elle procede d’homme qui voye, qui sçache, qui penetre ce qu’il y a de

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1. Cf. cette citation de saint Augustin, supra p. 242, note I,

2. P. [manqueroit] ; W. ...non egere.

3. Cf. cette citation de Bauny, supra p. 244.