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TROISIEME PROVINCIALE. — INTRODUCTION 187

II. — POURSUITES CONTRE LES IMPRIMEURS

D’autre part, le succès des deux Provinciales devait provoquer l’intervention du pouvoir royal. Arnauld était caché, chez un ami d’abord, ensuite dans des chambres garnies au milieu de Paris ; Fontaine, Le Maître et Arnauld de Luzanci vivaient seuls avec lui ; ne pouvant découvrir sa cachette, on persécutait les libraires. D’Asson de Saint-Gilles, qui lui aussi, le 8 février, viendra rejoindre Arnauld dans sa retraite, nous renseigne avec abondance sur ce sujet, dans son Journal.

« Mardi 1er fevrier 1656...La Lettre à un Provincial fait tous les jours de nouvelles merveilles, montrant clairement et galamment combien l’opinion, ou plutôt les differentes opinions des Molinistes sont ridicules. Tous ceux qui n’y sont point interessez en rient, mais les autres en sont en fureur, et surtout M. le Chancelier de qui on attend quelque nouvelle violence à ce sujet. L’auteur de cette excellente piece.... en fait presentement imprimer une seconde pour s’aquitter de la promesse qu’il a faite d’instruire son ami provincial de ce qui se passera.

« Mercredi 2. fevrier 1656. Ce jour de la Chandeleur, sur les 11. heures et demie, on a pris prisonnier le Sr Savreux libraire et relieur fort affectionné pour la bonne cause, sa femme et 2. garçons de sa boutique, et on les a mis dans les prisons de l’officialité : Il est contre les loix et inouï qu’on ait emprisonné une femme mariée pour choses semblables. Le sujet ancien et general de la haine qu’ont pour luy les Molinistes et surtout les Jesuites est l’affection, l’adresse et le secret, avec lesquels cet homme sert la verité en tout ce que sa profession lui peut permettre, et le sujet nouveau et particulier sont [sic] : 1. L’acte de protestation de M.Arn[auld] contre la Censure.... , 2. La Lettre à un Provincial qui est si bien faite, et qui fait voir avec tant d’adresse l’injustice des auteurs de la mesme censure ; lesquelles pieces choquent puissamment les adversaires et surtout M. le Chancelier