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APPENDICE

NOTE DE NICOLE

Du terme de grâce suffisante. Qui sont les Dominicains

que cette Lettre condamne.

Comme la première Lettre combat fortement le terme de pouvoir prochain, celle-ci combat de même celui de grace suffisante. Je dis le terme : car il faut bien distinguer ici le terme de la chose qu’il signifie, Montalte rejettant absolument le terme, et ne rejettant pas de même les differentes idées qu’on y peut atacher.

Les Molinistes entendent par grace suffisante une grace qui renferme tout ce qui est necessaire pour agir, et qui sans autre secours a quelquefois son éfet. Montalte rejette entiérement cette notion avec le terme. Et en cela il a tous les Thomistes pour lui. Ainsi il dispute avec les Molinistes pour le terme et pour la chose.

Il dispute aussi avec les nouveaux Thomistes, mais bien differemment. Car il est presque d’accord avec eux pour la chose, et il dispute seulement du nom. Ceux-ci par le terme de grace suffisante n’entendent pas une grace qui n’a besoin de rien pour agir, et qui peut quelquefois produire seule l’action ; mais une grace qui donne une certaine vertu intérieure, qui excite des actes imparfaits, qui attire la volonté vers le bien sans néanmoins la fléchir, si elle n’est accompagnée d’une grace efficace. Or qui n’avouera pas que cette grace se trouve souvent dans les justes, même lorsqu’ils péchent? Aussi Montalte ne le nie point, et il feroit encore moins de difficulté de l’admettre dans les justes qui veulent et qui tâchent de faire le bien. Mais la question est de savoir si on doit apeler ou ne pas apeler cette grace suffisante : ce qui