Page:Œuvres de Blaise Pascal, IV.djvu/277

Cette page n’a pas encore été corrigée


SECONDE PROVINCIALE 171

Calvin s’estoient prevalus du peu de lumiere qu’a le peuple pour 1 en discerner l’erreur d’avec la verité de la doctrine de S. Thomas, avoient en peu de temps repandu par tout leur doctrine avec un tel progrez, qu’on les vist bien-tost maistres de la creance des peuples; et nous en estât d’estre décriez comme 2 des Calvinistes et traitez comme les Jansenistes le sont aujourd’huy, si nous ne temperions la verité de la grace efficace 3 par l’aveu au moins aparent d’une suffisante 5. Dans cette extrémité, que pouvions-nous mieux faire pour sauver la verité sans perdre nostre credit, sinon d’admettre le nom de grace suffisante, en niant neantmoins qu’elle soit telle en effet ? Voila comment la chose est arrivée.

Il nous dit cela si tristement qu’il me fit pitié. Mais non pas à mon second qui luy dit. Ne vous flattez point d’avoir sauvé la verité : si elle n’avoit point eu d’autres protecteurs 3 , elle seroit perie 6 en des mains si foibles. Vous avez receu dans l’Eglise

_____________________________________________________________

de libre prédication en Allemagne, par le traité de Passau, en 1552, commencèrent à être également prèchées dans la plupart des autres Etats de l’Europe » (note de Faugère, Provinciales, T. I, p. 38).

1. B. pour discerner [l’erreur de cette hérésie] ; d’après W. in Hæreticorum erroribus..... secernendis.

2. P. [les].

3. P. [pour].

4. Cf. cette même idée dans l’écrit du P. Desmares, supra p. 155. La 3e note de Nicole explique « Pourquoi les Jesuites acusent les Thomistes d’être Calvinistes. »

5. W. firmiores habuisset tutores.

6. Selon Littré, le participe péri peut encore être employé avec l’auxiliaire être. Le dictionnaire de l’Académie de 1878 ne signale cette construction que dans des expressions de jurisprudence.