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72 ŒUVRES

gira que de vostre interest particulier, il faut endurer patiemment, non pas en le dissimulant, mais en leur temoignant que vous le leur pardonnez, et que s’ils ont à faire des fautes, vous aimez beaucoup mieux que ce soit contre vous que contre d’autres. Vous pouvez aussi user de la mesme indulgence envers les fautes d’inadvertance, comme de perdre, rompre, ou mal faire quelque chose, sinon qu’il y eust une notable negligence. Que s’il n’y en a pas, il leur faut dire qu’on souffrira volontiers de pareils manquemens, quoy qu’on y souffre de la perte, pourveu qu’on voye qu’ils soient soigneux à se garder de ceux où Dieu est offensé ; et il ne faut pas manquer de leur faire remarquer là-dessus combien peu il se trouve de maistres dans ce sentiment ; ce qu’il faut faire neantmoins sans ostentation, en meslant tousjours quelque parole qui tende au mespris de soy-mesme, et surtout en leur insinuant beaucoup qu’on s’estimeroit bien plus heureux d’estre en leur condition que dans celle où l’on est : il leur en faut souvent faire remarquer les avantages et le danger de celles qui sont plus elevées. Mais quand ils feront des fautes contre Dieu, contre leur maistre, contre la charité et l’union qu’ils doivent avoir entre eux, c’est alors qu’il faut se rendre severe jusqu’à estre terrible, car il faut sçavoir que le peuple et les enfans sont comme les Juifs qui n’agissent que par menaces ou par promesses, jusqu’à ce que, apres avoir reglé par ce moyen comme par force l’exterieur, on attire la misericorde de Dieu pour leur donner l’esprit interieur dont cette conduite qu’on tient sur eux dans cette vue est la voye et mesme sert de merite pour l’obtenir. Il ne faut rien souffrir en ces rencontres, mais le dire à leur maistre et l’exhorter à les en punir severement, sinon qu’on eust sujet de croire qu’ils en sont humiliez et qu’ils n’y retomberont plus. Il est tres