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ENTRETIEN AVEC SACI 27

reconnoist et qu’il sent. Quand il arrivoit quelque petit refroidissement de charité, son zele toujours sage alloit presque à jetter à la teste des gens les personnes qui luy estoient les plus intimes et les exhortait à faire mesme des satisfactions à ceux qui auroient du leur en faire. Il disoit que le christianisme effaçoit en ce point aussi bien qu’en tout le reste, toutes les sottes loix du monde. Pour conserver encore la paix, il recommandoit fort d’eviter un deffaut que l’Ecriture blasme beaucoup, qui est les rapports. C’est le vice, disoit-il, qui fait le plus de tort dans une societé de quelques personnes : sur quoy il disoit qu’une personne qui va redire ce qu’on luy dit, est un enfant à la bavette, et incapable de tout commerce.

Cet esprit de paix de M. de Sacy l’avoit toujours porté à fuïr toutes les disputes dans les sciences tant saintes que naturelles. Cela pouvoit estre en soy peu considerable : mais le voir environné de toutes parts par des personnes de grand esprit, trés-celebres par ces disputes ; et dans le tems des contestations les plus echauffées demeurer toujours dans sa gravité paisible sans condamner rien ; dans la chaleur des disputes le voir estudier dans son St Augustin, et dans cette grande application qu’il y donnoit, y chercher non ce qui pouvoit fournir de nouveaux argumens pour bien disputer, mais ce qui pouvoit donner une nouvelle nourriture à sa pieté : c’estoit une grande preuve du calme de son esprit et de ce caractere qui l’a toujours fait passer dans toute la France pour l’homme du monde le plus moderé.

Combien aussi s’eleva-t-il de petites agitations dans ce desert touchant les sciences humaines de la philosophie, et les nouvelles opinions de M. Descartes ! Comme M. Arnauld, dans ses heures de relasche, s’en entretenoit avec ses amis plus particuliers, insensiblement cela se