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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/80

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tire presque tout entier hors de l’eau, en sorte qu’il n’y reste que son ouverture et le doigt qui la bouche ; lors, ostant le doigt, l’eau, contre sa nature, monte avecque violence, et remplit entierement tout l’espace que le piston avoit laissé.

2. Un souflet bien fermé de tous costés fait le mesme effet, avec une pareille preparation, contre le sentiment des mesmes Philosophes.

3. Un tuyau de verre de quarante-six pieds, dont un bout est ouvert, et l’autre scellé hermetiquement, estant remply d’eau, ou plustost de vin bien rouge, pour estre plus visible, puis bouché, et eslevé en cet estat, et porté perpendiculairement à l’horison, l’ouverture bouchée en bas, dans un vaisseau plein d’eau, et enfoncé dedans environ d’un pied ; si l’on desbouche l’ouverture, le vin du tuyau descend jusques à une certaine hauteur, qui est environ de trente-deux pieds depuis la surface de l’eau du vaisseau, et se vuide, et se mesle parmy l’eau du vaisseau qu’il teint insensiblement, et se des-unissant d’avec le haut du verre, laisse un espace d’environ treize pieds vuide en apparence, où de mesme il ne paroist qu’aucun corps ait peu succéder. Et si on incline le tuyau, comme alors la hauteur du vin du tuyau devient moindre par cette inclination, le vin remonte jusques à ce qu’il vienne à la hauteur de trente-deux pieds : et enfin si on l’incline jusques à la hauteur de trente-deux pieds, il se remplit entierement, en resucçant ainsi autant d’eau qu’il avoit rejetté de vin : si bien qu’on le void plein de vin depuis le haut