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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/77

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j’ay dessein de montrer quelle force la Nature employe pour esviter le vuide, et qu’elle l’admet et le souffre effectivement dans un grand espace, que l’on rend facilement vuide de toutes les matières qui tombent sous les sens. C’est pourquoy j’ai divisé le Traicté entier en deux Parties, dont la première comprend le récit au long de toutes mes experiences avec les figures, et une recapitulation de ce qui s’y voit, divisée en plusieurs maximes. Et la seconde, les consequences que j’en ay tirees, divisees en plusieurs propositions, où j’ay montré que l’espace vuide en apparence, qui a paru dans les experiences, est vuide en effet de toutes les matieres qui tombent sous les sens, et qui sont connuës dans la Nature. Et dans la conclusion, je donne mon sentiment sur le sujet du vuide, et respons aux objections qu’on y peut faire. Ainsi, je me contente de montrer un grand espace vuide, et laisse à des personnes sçavantes et curieuses à esprouver ce qui se fait dans un tel espace : comme, si les animaux y vivent10 ; si le verre en diminuë sa refraction ; et tout ce qu’on y peut faire : n’en faisant nulle mention dans ce Traicté, dont j’ay jugé à propos de vous donner cet Abbrégé par avance : parce qu’ayant fait ces experiences avec beaucoup de frais11, de peine et de temps, j’ay craint qu’un autre qui n’y auroit employé le temps, l’argent, ny la peine, me prevenant, donnat au public des choses qu’il n’auroit pas veuës, et lesquelles par

10. Vide supra, p. 12, n. 3.

11. Voir la seconde narration de Roberval, p. 328.