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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/74

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tous les sçavants et curieux, par la communication desquels estant devenuë fameuse de toutes parts, je l’appris de Mr Petit, Intendant des Fortifications, et tres-versé en toutes les belles lettres, qui l’avoit apprise du R. P. Mersenne mesme6. Nous la fismes donc ensemble à Roüen, ledit sieur Petit et moy de la mesme sorte qu’elle avoit esté faite en Italie, et trouvasmes de poinct en poinct ce qui avoit esté mandé de ce pays là, sans y avoir pour lors rien remarqué de nouveau.

Depuis, faisant reflexion en moi-mesme sur les conséquences de ces expériences, elle me confirma dans la pensée où j’avois tousjours esté que le vuide n’estoit pas une chose impossible dans la Nature, et qu’elle ne le fuyoit pas avec tant d’horreur que plusieurs se l’imaginent.

Ce qui m’obligeoit à cette pensee estoit le peu de fondement que je voyois à la maxime si receüe, que la Nature ne souffre point le vuide, qui n’est appuyée que sur des expériences dont la pluspart sont tres fausses, quoy que tenuës pour tres-constantes : et des autres, les unes sont entièrement esloignées de contribuer à cette preuve, et montrent que la Nature abhorre la trop grande plénitude, et non pas qu’elle fuit le vuide : et les plus favorables ne font voir autre chose, sinon que la Nature a horreur pour le vuide, ne montrans pas qu’elle ne le peut souffrir.

6. Vide supra la lettre de Petit à Chanut (t. I, p. 329 sqq.), et celle de Roberval à des Noyers (t. II, p. 21).