Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/66

Cette page n’a pas encore été corrigée


50 œUVRES

chee : elle ne se descouvre aux hommes que par la vertu de ses effets : elle n'est ni flateuse ni susceptible de flalerie : les chymeres sont anéanties par son seul aspect, avec autant de faci- lité que [la nuit] les ténèbres par la lumière : elle n'est jamais contraire à elle mesme, quoy qu'elle produise des effets con- traires, ou qui nous semblent tels. Par tout, elle est absolu- ment invincible. On ne la peut détruire, non pas même l'al- térer en la moindre chose ; quoy que les corps dans lesquels elle se rencontre puissent changer de mouvemens, de figures et d'autres accidens. D'où il s'ensuit que tous les hommes ensemble ne peuvent rien contre elle. Les uns peuvent bien par leurs artifices, la faire croire aux autres toute différente de ce qu'elle est en effet : mais mal gré leur logique captieuse, malgré les chymeres de leur creuse Métaphysique, [elle] la nature demeure tousjours telle [qu'elle est] constante en son estre véritable : et la Morale, avec toute sa flaterie, avec toute l'autorité de ses partisans, quelque nombre de vois qu'elle produise, dont elle mandie les suffrages, ne recevra qu'un affront, si elle entreprent quelque chose [à son préju- dice. En fin] au préjudice de la physique. Quoy qu'elle soit aussi ancienne que le monde, elle ne vieillit jamais, car le temps n'est que son vassal : elle est tousjours vieille dans ses principes : elle est tousjours nouvelle dans ses productions, sans se soucier ni des vieilles ni des nouvelles chymeres que les visionnaires ont fait, et font encores tous les jours à son égard.

La Mathématique a toutes les belles prérogatives de la physique en ce qui est d' estre véritable, immuable, et invin- cible, mais elle n'est pas si cachée aux hommes : elle aime l'évidence, et elle la fait paroitre clairement et distinctement dans son objet propre, qui est la grandeur ou le nombre, pourveu que cet objet soit considéré premièrement et sim- plement dans son estenduë, dans son unité ou dans sa multi- plicité comme dans la géométrie et l'arithmétique pure et speculatifve et non dans la composition des choses maté- rielles. Car dans cette composition la mathématique, estant

�� �