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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/480

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460 OEUVRES

Cela m'apprend que je dois, non seulement ne retenir aucune véritable indifférence, mais aussi me priver actuel- lement de tous les plaisirs du monde.

XXIII

Jésus estant mort est effectivement dans une insensibi- lité parfaite au regard de toutes les choses du monde, de ses biens et de ses maux, etc. ; mais, la Divinité demeu- rant unie à ce corps insensible, le Saint Esprit résidant en luy y a ses désirs, ses sensibilités et ses passions, pour ainsy dire, de sorte que ce corps insensible, estant pénétré de la Divinité et rien que de la Divinité, n'a plus aucun sentiment pour les choses de la terre ; et tout ce qui est sensible en luy ne l'est que par le sentiment unique de l'esprit de Dieu, puis que ce n'est autre chose que luy mesme.

J'apprends de là que l'insensibilité qui me doit rendre immobile à tous les événements du monde, bons ou mau- vais, ne doit pas me rendre incapable de sentir plus au- cune joye ou tristesse, mais seulement de celles du monde, me rendant d'autant plus sensible aux choses qui regar- dent Dieu, que n'estant nullement occupée de celles de la terre, je n'auray à penser qu'à celles là, parce qu'ayant fait une abnégation entière de mon esprit propre, je ne dois plus agir que par le mouvement de l'esprit de Dieu.

XXIV

Encore que Jésus dans tout le temps de sa mort n'ait aucunement de vie, neantmoins ses pieds et ses mains par leurs playes, sa bouche mesme et sa langue par l'attou- chement du fiel, et enfin toutes les blessures de son corps

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