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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/452

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432 ŒUVRES

chere sœur, que la divine Providence vous avoit choisy ces vertus que vous n'avez pas toujours aymées comme je croy que vous faites à présent. Elles vous serviront pour bien exercer toutes les obéissances qu'on vous ordonnera, encore que vous n'y réussissiez pas, quoy qu'il faille faire tout ce que l'on peut pour s'en bien acquitter.

« Je loue Dieu de ce qu'il vous a délivrée de l'attache que vous aviez pour nous, dont vous parlez avec tant d'exaggera- tion que de dire que le regret que vous avez de nous avoir quittées vous rendoit presque inconsolable. Certes, ma chere sœur, vous avez raison en un sens d'user de ce terme d'in- consolable ; car vous ne méritiez pas d'estre consolée de Dieu dans une tristesse où il y avoit tant d'excez. C'est beau- coup quand Dieu les pardonne, comme je croy qu'il aura fait a vostre égard parce que vous estes encore novice, et que vous voulez bien que l'on mortifie en vous ce que vous n'auriez pas le courage de mortifier vous mesme. Vous avez aussy la béatitude des pauvres d'esprit. M. Singlin nous a presché qu'elle consistoit à reconnoistre que nous n'estions que mensonge et pesché ; le mensonge, c'est à dire les té- nèbres dans l'esprit et le pesché dans le cœur ; que ces deux mots nous obligeoient de dire sans cesse à Dieu : Deus meus, illamina tenebras meas, et Sana me. Domine, quia peccavi, tibi peccavi. Que si Dieu mettoit quelque bien en nous, ou de ceux de l'esprit qui sont les lumières et les con- noissances des veritez, ou des biens du cœur qui sont les ver- tus, qu'il falloit s'en dépouiller devant Dieu comme n'estant pas à nous, mais à luy, et qu'il n'y avoit pas d'autre moyen de s'enrichir qu'en s' appauvrissant de la sorte, de mesme qu'il est dit que le Fils de Dieu nous a enrichis par sa pau- vreté, et les grands saints docteurs n'auroient point enrichi l'Eglise de la lumière de leur grande science, s'ils ne se fus- sent rendus pauvres d'esprit devant Dieu.

« Voilà, ma chere sœur, les vrayes vertus dans lesquelles vous vous devez exercer. Je vous supplie de les demander à Dieu pour moy comme je désire de le laire pour vous. »

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