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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/401

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LETTRE DE BLAISE PASCAL A Mme PERIER SA SOEUR 38i

remettre devant les yeux les choses que nous avons dans la mémoire, et qu'il faut faire rentrer dans le cœur, puisqu'il est sans doute que ton discours en peut mieux servir d'instrument à la grâce que non pas l'idée qui nous en reste en la mémoire, puisque la grâce est particulièrement accordée à la prière, et que cette charité que tu as eue pour nous est une prière du nombre de celles qu'on ne doit jamais in- terrompre. C'est ainsy qu'on ne doit jamais refuser de lire ni d'ouïr les choses saintes, si communes et si connues qu'elles soyent; car notre mémoire, aussy bien que les instructions qu'elle retient, n'est qu'un corps inanimé et judaïque sans l'esprit qui les doi vivifier \ Et il arrive très souvent que Dieu se sert de ces moyens extérieurs pour les faire comprendre et pour laisser d'autant moins de matière à la vanité des hommes lorsqu'ils reçoivent ainsy la grâce en euxmesmes. C'est ainsy qu'un livre et un sermon, si communs qu'ils soyent, apportent bien plus de fruit à celui qui s'y applique avec plus de disposition, que non pas l'excellence des discours plus relevés qui apportent d'ordinaire plus de plaisir que d'ins- truction ; et l'on voit quelques fois que ceux qui les écoutent comme il faut, quoy que ignorants et presque stupides, sont touchés au seul nom de Dieu et par les seules paroles qui les menacent de l'enfer, quoy que ce soit tout ce qu'ils y comprennent et qu'ils le sçussent aussy bien auparavant.

I. Allusion à la condamnation de la littéralité judaïque par saint Paul, // Cor, m, 6.

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