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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/390

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ŒUVRES

sans peine et sans resistance[1]. Les experiences que je vous ay données dans mon abregé destruisent, à mon jugement, le premier de ces principes ; et je ne vois pas que le second puisse resister à celle que je vous donne maintenant ; de sorte que je ne fais plus de difficulté de prendre ce troisiesme, Que la Nature n’a aucune repugnance pour le Vuide ; qu’elle ne fait aucun effort pour l’éviter ; que tous les effets qu’on a attribuez à cette horreur procedent de la pesanteur et pression de l’air ; qu’elle en est la seule et veritable cause, et que, manque de la connoistre, on avoit inventé exprés cette horreur imaginaire du Vuide, pour en rendre raison. Ce n’est pas en cette seule rencontre que, quand la foiblesse des hommes n’a pû trouver les veritables causes, leur subtilité en a substitué d’imaginaires, qu’ils ont exprimées par des noms specieux qui remplissent les oreilles et non pas l’esprit[2], c’est ainsi que l’on dit, que la sympatie et antipatie des corps naturels sont les causes efficientes et invoquées de plusieurs effects, comme si des corps inanimez estoient capables de sympatie et

  1. Pascal s’appuie manifestement sur un passage de la lettre de Torricelli à Ricci (11 juin 1644) : « Je ne sache pas que personne ait dit qu’il peut se produire du vide sans fatigue et sans résistance aucune de la nature. » (Trad. Thurot, déjà citée, p. 11, 56, 157). Il est à remarquer que Pascal ne fait pas mention de Torricelli qui en effet n’avait pas « avancé » publiquement le « principe », et ne l’avait présenté, dans ses lettres, qu’à titre d’hypothèse.
  2. Pascal écrira dans des notes pour les Provinciales : « On ne consulte l’oreille que parce qu’on manque de cœur. » Ms. des Pensées, fo 12 ; sect. I, fr. 30. Voir la Conclusion des Traités publiés en 1663, infra, t. III, p. 255.