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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/361

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LETTRE DE JACQUELINE PASCAL A SON PÈRE 34o

soigneux de leur salut se mettent, quand ils le peuvent, dans les maisons les mieux réglées. Je croy que vous veoyez bien mon dessein, et que vous pensez avec moy que je ne puis faire un meilleur choix que de jetter les yeux pour cela sur le Port-Royal de Paris, ni prendre un temps plus propre que celuy de vostre absence, oii je ne puis vous rendre aucun service non plus qu'au reste de la maison, à qui je suis entièrement inutile à cette heure ; car depuis que vous estes party *, je n'ay pas escrit un seul mot pour mon frère, qui est la chose pour laquelle il au- roit plus besoin de moy ; mais il peut s'en passer par le moyen d'une autre personne. Enfin je ne vois rien où je puisse seulement estre utile, jusques à votre départ pour Rouen, principalement si l'on compare cette utilité avec la nécessité qu'il y a pour moy de faire cette retraitte, sur- tout en ce lieu là ; car, puisque Dieu me fait la grâce d'augmenter de jour en jour l'effet de la vocation qu'il luy a plu me donner (et que vous m'avez permis de con- server), qui est le désir de l'accomplir aussy tost qu'il m'aura fait connoistre sa volonté par la vostre ; puis, dis je, que ce désir m'augmente de jour en jour, et que je ne veois rien sur la terre qui me put empescher de l'accomplir si vous me l'aviez permis, cette retraitte me servira d'épreuve pour sçavoir si c'est en ce lieu là que Dieu me veut. Je pourray là l'écouter seul à seule, et peut estre par là je trouveray que je ne suis pas née pour ces sortes de lieux ; et, s'il est ainsy, je vous prieray fran- chement de ne plus songer ny vous préparer à ce que je vous avois dit; ou bien, si Dieu me fait entendre que j'y suis propre, je vous promets que je mettray tout mon soin à attendre sans inquiétude l'heure que vous voudrez

I. Vide supra, p. 258.

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