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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/359

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LETTRE DE JACQUELINE PASCAL, A M. PASCAL, SON PÈRE

��A Paris, ce vendredy 19 juin 16^8.

Monsieur mon père, Comme Tingratitude est le plus noir de tous les vices, tout ce qui en approche est si horrible, qu'il ne peut pas seulement tomber dans la pensée d'une personne qui ayme tant soit peu la vertu ; et parce que l'oubli des bienfaits qu'on a receus de quelqu'un (surtout quand ils sont grands et qu'ils ont esté presque continuels) en est d'ordinaire un effet et que le manque de confiance en cette mesme personne ne peut estre l'effet que de cet ou- bly, je croirois faire un crime d'en manquer en cette occasion, encore qu'il soit vray que je souhaitte beaucoup ce que je vous prie de m'accorder et que ce soit l'ordi- naire de ceux qui souhaittent de craindre aussy. Avant toutes choses, je vous conjure, mon père, au nom de Dieu (que nous devons seul considérer en toutes matières, mais particulièrement en celle cy), de ne vous point estonner de la prière que je vous vais faire^ puisqu'elle ne choque en rien la volonté que vous m'avez tesmoigné que vous aviez. Je vous conjure aussi, par tout ce qu'il y a de plus saint, de vous ressouvenir de la prompte obéis- sance que je vous ay rendue sur la chose du monde qui me touche le plus, et dont je souhaitte l'accomplissement avec plus d'ardeur. Vous n'avez pas oublié sans doute cette soumission si exacte. Vous en parûtes trop satisfait pour qu'elle soit si tost sortie de votre esprit. Dieu m'est

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