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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/285

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LETTRE D'ETIENNE PASCAL AU P. NOËL 269^

et le simbole du mal et du dommage que la langue mes- disante apporte à l'honneur et à la réputation de celuy dont elle a mesdit ; ce qui faict que le mesme terme mé- taphorique de langue serpentine ne peut estre adapté au subject contraire, c'est à dire à la langue qui chante les louanges d'autruy : c'est ainsy que TEglize est appellée, par une sainte métaphore, l'espouze de Jesas Christ, et c'est sur cette métaphore que roule tout le Cantique des cantiques ; c'est ainsy que la Vierge dit dans le sien, qu'en elle le Seigneur a fait paroistre la puissance de son bras ; et l'Escriture en est toute remplie, parce que les divins mystères nous estant tellement incogneus, que nous n'en sçavons pas seulement les véritables noms, nous sommes obligez d'user de termes métaphoriques pour les expri- mer ; c'est ainsy que l'Eglize dit que le Fils est assis à la dextre^ de son Père ; que l'Escriture se sert si souvent du mot de Royaume des deux ; que David dict : « Lavez-moy, Seigneur, et je seray plus blanc que neige » ; mais en toutes ces métaphores, il est très certain que tous ces termes métaphoriques sont les simboles et les images des choses que nous voulons signisfier, et dont nous ignorons les véritables noms.

Et pour venir à vostre métaphore du crime dont vous dictes que la nature est accusée, considérez, je vous prie, celle que Ciceron a faict très à propos d'un autre crime, dont aussy il accuse métaphoriquement la nature. Il dit que c'est une mar astre et mille fois pire qu'une marastre ; il insulte contre elle comme contre une mère criminelle qui tourmente sans cesse, et puis qui faict criminellement mourir les plus parfaicts de ses enfans.

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