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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/280

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264 OEUVRES

en deux adjectifs contraires, puisse contenir un sens par- faict, quand l'un est énoncé par le nominatif et l'autre par le génitif, comme la vostre, le plein du vuide, qui a tout aussy peu de sens comme celles qui seraient conte- nues en ces termes : le foihle du fort, le petit du grand, le riche du pauvre. La raison pour laquelle telles antithè- ses n'ont point de sens accomply, est que dans les termes d'icelles il n'y a ny subject ny attribut. Vous avez grand interest, mon père, d'empescher, si vous pouvez, que cette antithèse ingénieuse dont vous vous servez pour frapper et rendre ridicule un ouvrage estranger, ne fasse une dangereuse repercussion contre le vostre.

L'expliquation de vostre antithèse est suivie d'une addi- tion qui contient trois belles promesses, dont vous n'avez accomply une seule. Soyez asseuré d'un ample remercie- ment, quand vous y aurez satisfaict ; mais jusques à pré- sent, de tout vostre tiltre, compris son expliquation et son addition, l'on n'en peut recueillir autre chose, sinon que, lorsque vous l'avez composé, vous estiez en très belle hu- meur, sans autre pensée que de rire et de vous joiier. Mais la lecture de vostre Epistre dedicatoire m'apprend que vous avez intention de mordre en riant, et d'esgrati- gner en vous jouant. En voici la teneur :

A Monseigneur le Prince de Conty^.

Monseigneur, La Nature est auiourd'huy accusée de Vuide, et fen-

��I. Armand de Bourbon (1629-1666), était le frère cadet de Condé. Destiné à l'état ecclésiastique, élevé au collège de Clermont, il avait soutenu, sous la présidence du Père Deschamps, une thèse retentis- sante de Théologie. On sait la part qu'il devait prendre dès le début

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