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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/267

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FRAGMENT D'UNE LETTRE DE PASCAL A M»* PERIER 2ol

parties du monde représentent au moins par leur unité ^ la parfaite unité qui ne se trouve qu'en Dieu, on ne peut pas légitimement leur porter le souve- rain respect, parce qu'il n'y a rien de si abominable aux yeux de Dieu et des hommes que l'idolâtrie, à cause qu'on y rend à la créature l'honneur qui n'est deu qu'au Créateur. L'Escriture est pleine des ven- geances que Dieu a exercées sur ceux qui en ont esté coupables, et le premier commandement du Deca- logue, qui enferme tous les autres, défend sur toutes choses d'adorer ses images ^ Mais comme il est beau- coup plus jaloux^ de nos affections que de nos res- pects, il est visible qu'il n'y a point de crime qui luy soit plus injurieux ni plus détestable que d'aimer souverainement les créatures quoy qu'elles le repré- sentent.

C'est pour quoy ceux à qui Dieu fait connoistre ces grandes vérités doivent user de ces images pour jouir de Celuy qu'elles représentent, et ne demeurer pas éternellement dans cet aveuglement charnel et ju- daïque qui fait prendre la figure pour la realité \ Et ceux que Dieu, par la régénération, a retirés gratui- tement du pesché (qui est le véritable néant, parce qu'il est contraire à Dieu, qui est le véritable estre)

��1. C'est-à-dire par leur union avec le reste de la nature, par leur participation à l'unité même de l'univers.

2. Voir au ch. xx de l'Exode, versets 4 et 5.

3. Allusion au Deus zelotes de ce même verset 5 de l'Exode.

[\. Cf. entre autres fragments des Pensées, page i5i de l'Autogra- phe : « Le Messie, selon les Juifs charnels, doit estre un grand prince temporel » (Sect. IX, Jr. 607),

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