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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/265

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FRAGMENT D UNE LETTRE DE PASCAL A M">e PERIER 249

contre, où il ne nous a pas seulement faits frères les uns des autres, mais encore enfants d'un mesme père ; car tu sçais que mon père nous a tous préve- nus et comme conceus dans ce dessein. C'est en quoy nous devons admirer que Dieu nous ait donné et la figure et la realité de cette alliance ; car, comme nous avons dit souvent entre nous, les choses corporelles ne sont qu'une image des spirituelles, et Dieu a re- présenté les choses invisibles dans les visibles \ Celte pensée est si générale et si utile, qu'on ne doit point laisser passer un espace notable de temps sans y son- ger avec attention. Nous avons discouru assez parti- culièrement du rapport de ces deux sortes de choses ; c'est pour quoy nous n'en parlerons pas icy : car cela est trop long pour l'escrire et trop beau pour ne t'estre pas resté dans la mémoire, et, qui plus est, néces- saire absolument, suivant mon avis. Car, comme nos peschés nous retiennent enveloppés parmi les choses corporelles et terrestres, et qu'elles ne sont pas seulement la peine de nos peschés, mais encore l'occasion d'en faire de nouveaux et la cause des pre- miers, il faut que nous nous servions du lieu mesme où nous sommes tombés pour nous relever de notre chute. C'est pour quoy nous devons bien ménager l'avantage que la bonté de Dieu nous donne de nous laisser tousjours devant les yeux une image des

��3. Rom. I, 20 : « Invisibilia enlm ipsius [Dei], a creatura mundi, per ea qase facta sunt, intellecta, conspiciuntur ». Voir le développement de cette pensée dans une lettre à M 'i*^ de Roannezdela fin d'octobre i656 (IV olim 3), et la doctrine des figuratifs dans la Section X des frag- ments des Pensées.

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